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Commémoration des victimes gens du voyage de l’internement entre 1940 et 1946

mercredi 14 octobre 2015, par Maneo

Cette cérémonie commémorative en hommage aux victimes nomades et Gens du voyage de l’internement durant la seconde guerre mondiale a été organisée par le Syndicat mixte pour l’accueil des Gens du voyage en Haute-Garonne – MANEO en collaboration avec la Mairie de Portet sur Garonne et le Ministère de la Défense.
Elle s’est déroulée le samedi 7 novembre 2015 à partir de 11h au Musée de la Mémoire de Portet sur Garonne, installé dans un ancien bâtiment du camp du Récébédou.

Entre 1940 et 1946, de 3000 et 6000 personnes issues de familles nomades et Gens du voyage, dont une immense majorité de nationalité française, ont été internées dans une trentaine de camps gérés et gardés par l’administration française. En zone « libre », on peut citer les camps de Lannemezan, Rivesaltes, Le Barcarès, Argelès sur Mer, Saliers. Les conditions de vie dans ces camps étaient extrêmement difficiles et de nombreuses personnes y périrent de maladies et de malnutrition.
Ce n’est qu’en 1946, soit un an après la fin de la guerre ou deux ans après la Libération que les derniers nomades purent quitter les camps français.
Cet internement a été facilité par un ensemble de mesures, loi et décret, prises au début du 20ème siècle.
Depuis 70 ans, nos livres d’histoire sont restés silencieux sur ces pages sombres et méconnues de notre histoire. Pourtant, avant que les souvenirs ne s’effacent et que la mémoire ne se dilue dans l’oubli, il est impératif de réparer ce déni mémoriel et historique.

La cérémonie a débuté à 11h avec le dépôt d’une gerbe commémorative. Elle s’est poursuivie par une visite guidée du Musée de la Mémoire et s’est achevée par le partage d’un buffet campagnard.

Voir la vidéo de la cérémonie réalisée par Francis Fourcou

Lire l’article de la Dépêche consacré à l’évènement

Les discours

Daniel Baur, vice-président du syndicat
Monsieur le sous préfet,
Madame la conseillère départementale,
Monsieur le maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs membres associatifs,
Monsieur le président de Maneo,
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes aujourd’hui réunis pour rendre hommage officiellement aux familles des gens du voyage victimes d’internement, pendant la seconde guerre mondiale.
Le camp du Récébédou est un camp d’internement créé en février 1941 et fermé en septembre 1942.
Plusieurs convois, partant de Portet-sur-Garonne, emmènent les internés au camp de Drancy.
Les départs de Drancy mentionnent trois convois à destination d’Auschwitz.
Dès 1940, les nomades français (vanniers, forains, commerçants ambulants, artistes de cirque, musiciens ambulants…) étaient interdits de circuler pour éviter qu’ils ne deviennent des agents ennemis ou qu’ils nuisent aux mouvements des troupes.
Ces interdictions de circulation prenaient la forme de résidence surveillée puis de camps allemands pour nomades.
Sous le Gouvernement de Vichy, les camps de Saliers, Rivesaltes, le Barcarès, Argelès-sur-Mer et Lannemezan ouvrent leurs portes aux nomades français ; ils sont placés sous l’administration française.
On recense alors entre 3000 et 6000 Voyageurs internés dans ces camps pour nomades français.
Les conditions de vie dans ces camps étaient les mêmes que celles dans les camps de concentration.
De nombreux voyageurs mourraient de maladies, de la malnutrition ou de leurs blessures.
Le Musée de la Mémoire de Portet-sur-Garonne est situé dans le dernier baraquement du camp du Récébédou. Il a été inauguré le 6 février 2003 par Elie Wiesel.
Pourquoi aujourd’hui avoir choisi ce musée pour rendre cet hommage ? Simplement parce qu’il porte bien son nom « devoir de mémoire ».
Le devoir de mémoire est d’abord une exigence de vérité, afin de permettre que le souvenir des victimes, des crimes racistes, prenne place dans la mémoire, de tous et de génération en génération afin que de tel fait ne se reproduise jamais plus.
Il faut donc illustrer l’histoire par des écrits, des expositions, des films, des chants, des dépôts de gerbes, des poèmes,pour rendre hommage, à toutes ces victimes, c’est la dette des vivants à l’égard des morts, et la suite de cette commémoration vous confirmera ce fait.
Ce sont nos comportements actuels que nous devons interroger et cette commémoration n’aurait pas de sens si elle ne contribuait pas aussi à nous aider à changer le futur.
Liberté, vous avez dit liberté, la liberté, c’est la loi, le choix qu’on se fixe à soi même, mais restons convaincus de leur pertinence.
Pour conclure, je voudrais citer la phrase de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez dans le monde »
Je vous remercie,

Thierry Suaud, Maire de Portet sur Garonne
M. le sous-préfet,
Mme la conseillère départementale,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les membres de Maneo,
Mesdames, Messieurs,
Chers enfants,
Il m’a demandé de l’excuser :
M. le Député, Christophe Borgel,
Nous sommes aujourd’hui réunis pour rendre hommage aux familles tsiganes et gens du voyage victimes de l’internement pendant la seconde guerre mondiale. Il s’agit d’une journée qui fera date dans l’histoire de notre ville, qui l’organise pour la première fois, et qui marquera nos consciences pour longtemps.
C’est pourquoi, en cet instant, je voudrais vous dire toute mon émotion de me trouver parmi vous.
Je voudrais, en tout premier lieu, exprimer à ces familles tsiganes et de gens du voyage, avec toute la solennité qui sied à ce moment, tout mon respect et ma compassion, en m’associant à leur douleur pour les épreuves endurées et en m’inclinant devant la mémoire des persécutés.
Avant de démarrer mon propos, je souhaitais vous donner lecture du témoignage bouleversant du général André Rogerie, témoin auditif de l’extermination des tziganes dans la nuit du 1er au 2 août 1944.

« Nous sommes couchés comme à l’accoutumée quand tout à coup le bruit de camions roulant sur la route éveille notre attention. Nous percevons distinctement, maintenant, que les camions pénètrent dans le camp voisin, appelé camp des Tziganes. Là, des familles entières de Tziganes vivent ensemble, et ce soir, le roulement des voitures vient de nous faire comprendre l’horreur du sort qui leur est réservé. Hommes, femmes, enfants, tous entièrement dépouillés de leurs vêtements, sont entassés dans les camions. Les cris, les vociférations nous parviennent très nettement. Les S.S. hurlent, les femmes ont des crises de nerfs, les enfants pleurent, et les camions, pleins à craquer de leur butin, partent maintenant à toute vitesse vers les fours crématoires. Dans quelques instants seront consumées toutes ces vies humaines qui, aux yeux de l’Allemagne, ont commis le crime immense et impardonnable d’être Tziganes.
Les cris ont cessé. Je vois, par la lucarne du bloc, la lune qui est actuellement dans sa plénitude. Tout à coup me revient à la mémoire une phrase oubliée depuis bien longtemps que j’ai lue autrefois dans Chateaubriand : « La lune prêta son pâle flambeau pour cette veillée funèbre. »

Le grand public ignore sans doute qu’en France environ 6000 gens du voyage ou tsiganes furent internés dans des camps pendant la Seconde Guerre mondiale. Hommes, femmes, vieillards ou enfants, ils étaient pour la plupart d’entre eux nos compatriotes, nos voisins. Ils furent persécutés et privés de liberté, alors que cette liberté, nous savons qu’ils la chérissent dans leur culture plus que tout autre.

Perçus au sein de la société française comme un groupe à part, marginal, constitué de gens intrus, inconnus, dangereux ou encore étrangers, la France n’attend pas l’occupation allemande pour prendre des mesures privatives de liberté à l’encontre de ces « nomades » : assignations à résidence, déplacements d’un département à l’autre dès 1939, camps de rassemblements.

Internées dès avril 1940 sur ordre de l’occupant allemand au prétexte qu’elles étaient Tsiganes, ces familles ont survécu dans une trentaine de camps gérés et gardés par l’administration française, dans des conditions atroces et d’extrême précarité, rongées par l’insalubrité, la sous alimentation et le froid. Cet internement des tsiganes a été facilité par un ensemble de mesures, lois et décrets, prises au début du 20ème siècle, dans un contexte de discours sécuritaire et de campagnes de presse xénophobe stigmatisant les nomades. On mesure, avec le recul de l’histoire, les dangers d’un tel contexte.

Par la suite, plusieurs centaines de Tsiganes ont été déportés et sont morts dans des camps de concentration. Depuis 70 ans, nos livres d’histoire sont restés silencieux sur ces pages sombres et méconnues de la plus terrible tragédie ayant ravagé le monde et l’humanité. Pourtant, avant que les souvenirs ne s’effacent à jamais et que la mémoire ne se dilue dans l’oubli, il était impératif de réparer ce déni mémoriel et historique.

L’internement apparaît d’autant plus pénible pour les nomades qu’ils ne reçoivent aucune aide extérieure, contrairement aux autres catégories d’internés.
L’indifférence persista après l’installation du gouvernement provisoire de la République. Malgré l’armistice et la fin du régime de Vichy, les Tsiganes furent maintenus dans des camps de la honte, disséminés sur tout le territoire national, jusqu’en 1946.
Rendons leur hommage. Car, mes chers amis, le devoir de mémoire, c’est la dette des vivants à l’égard des morts.
Rendons leur hommage pour ne pas les vouer à une deuxième mort qui serait l’oubli.
Car, comme a pu le dire Lionel Jospin, la mémoire est une exigence républicaine : elle est l’un des fondements de notre identité nationale.
Mais, vous le savez, il ne suffit pas de commémorer les morts pour enrailler la répétition de l’horreur, pour contenir les discours de haine, le fanatisme et l’ignorance qui en sont les ferments funestes.
Nous devons bien plus à ces victimes qu’une simple cérémonie. Ce sont nos comportements actuels que nous devons interroger et cette commémoration des événements passés n’aurait pas de sens si elle ne contribuait pas, aussi, à nous aider à rendre l’avenir meilleur. Il appartient à chacun d’interroger sa conscience, de dépasser ses préjugés et de parcourir ce chemin qui nous sépare de ces innombrables Autres, pour nous permettre d’atteindre à l’humanité qui est en chacun de nous.
C’est tout le sens de l’action que nous menons à Portet-sur-Garonne.

Le Musée de la Mémoire en est l’un des tous premiers exemples. Bâtiment de l’ancien camp du Récébédou, il est aujourd’hui un lieu vivant, qui accueille, expose, reçoit les visites des écoles.

Lors de son inauguration, le 6 février 2003, Elie Wiesel, a prononcé quelques mots que je souhaite redire devant vous aujourd’hui. Des mots qui illustrent parfaitement le devoir de mémoire mais aussi de solidarité, fraternité qui nous incombe.

« L’autre n’est pas un ennemi, mais un compagnon, l’étranger est un frère ou une sœur. La chaleur et la fraternité étaient possibles dans le camp. Faites-les vivre aujourd’hui. Entrez dans le musée pour vous souvenir. Et pour espérer ».

C’est toujours pour nous souvenir, que nous avons, il y un peu plus d’un an, en octobre dernier, souhaité mettre en lumière une part singulière de l’histoire de la ville. Près de 300 personnes étaient présentes lors d’une marche inédite, bouleversante, sur le chemin de la déportation qui en 1942, vit partir à pied les internés des camps de Haute-Garonne vers le camp d’extermination d’Auschwitz.

Pour transmettre aux jeunes générations combien il est nécessaire de ne pas oublier notre histoire, nous avons souhaité répondre à la demande de l’Association Toulouse – Mémoire des Enfants Juifs Déportés en réalisant pour la stèle commémorative de la gare une nouvelle plaque en souvenir des enfants juifs déportés depuis la gare de Portet Saint-Simon.

Aujourd’hui, par cette cérémonie, organisée en collaboration avec le Ministère de la Défense, c’est aux victimes nomades et Gens du voyage que nous rendons hommage.
Dans ce cadre, je tiens à saluer ici, le travail réalisé par MANEO, par les membres qui le compose.Je veux là saluer sincèrement Monsieur Jean-Marc HUYGHE, Président du syndicat pour son engagement, son action volontariste de solidarité à l’égard des populations migrantes.
Avec son lot d’images dramatiques, l’actualité nous rappelle chaque jour, combien les conflits n’ont jamais cessé de résonner dans le monde, parfois près de chez nous, aux portes de l’Europe. Face à ces nouveaux conflits dont les populations civiles sont les victimes, ces commémorations doivent nous rappeler l’importance de la Paix entre les peuples… mais aussi sa fragilité. Liberté, égalité, fraternité, trois mots qui doivent plus que jamais résonner dans nos cœurs et rassembler un maximum de Françaises et de Français, quelles que soient leur origines.

En cette journée de commémoration et de recueillement, je voudrais vous assurer de la détermination indéfectible de la Ville pour faire respecter l’égalité réelle entre tous les citoyens et contribuer à lutter contre toutes les discriminations et notamment celles à l’égard des gens du voyage.
Aujourd’hui, souvenons-nous, pour que rien de semblable ne survienne demain !
Je vous remercie.

Jean-Marc Huyghe, Président de Maneo
Président de Maneo, c’est en tant qu’élu que j’ai le devoir aujourd’hui de parler. Elu de cette république française dont la devise est Liberté, Egalité, Fraternité. L’article premier de notre constitution je vous le rappelle s’écrit ainsi : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».
A aucun moment ne peut y exister ce terme d’INDESIRABLES.
INDESIRABLES !! INDESIRABLES !! Quel terme !!
Une colère sourde s’empare de moi à l’évocation de ce mot et de tout ce qu’il recouvre. Mais également une honte de ce passé de 1939 à 1946 quant au traitement des tsiganes en France. Honte quand je prends connaissance de cette phrase écrite par le maire d’une commune près de Bordeaux en mai 1941 : « Je me suis efforcé, sans résultats, de faire chasser ces indésirables de leur terrain d’élection ; ils avaient promis au garde champêtre de déguerpir si on leur procurait l’essence nécessaire pour le démarrage de leurs voitures….je vous demande, Monsieur le Préfet, de bien vouloir envisager le classement de ces indésirables dans la catégorie nomades et comme conséquence, leur rassemblement dans le camp spécial de Mérignac ».
Envisager des individus, un groupe humain ou toute une population comme indésirables, amène toute une succession, une chaine d’événements qui va en découler. Je vais vous en proposer une analyse simplifiée mais qui me semble juste.
La première étape : c’est la stigmatisation, les clichés, les préjugés, les rumeurs, la manipulation de l’opinion publique, par exemple dans ce qui nous préoccupe aujourd’hui : les juifs profiteurs, usuriers et comploteurs, les tsiganes voleurs de poules, voleurs d’enfants.
Ensuite vient le recensement et le fichage des INDESIRABLES, par exemple l’étoile jaune pour les juifs, le carnet anthropométrique en 1912 pour les Tsiganes.
Puis vient le confinement, l’isolation des INDESIRABLES, par exemple le Ghetto pour les juifs (le plus connu celui de Varsovie), l’assignation sur une localité précise pour les Tsiganes en France imposé par le décret du 6 avril 1940.
C’est ensuite qu’apparait le Mur, des Murs, si le contexte social n’a pas permis aux forces démocratiques d’enrayer le processus qui s’emballe ; le contexte c’est la guerre, c’est la crise économique, etc.. Ce mur peut être autour des indésirables ou construit comme frontière, ou sur une frontière pour les empêcher de venir. Ce mur n’est donc jamais une simple construction mais un symbole extraordinaire et terrible.
La suite s’impose lorsque la démocratie a été mise à terre, que le racisme, la xénophobie, le nazisme et la dictature ont gagné le partie peut déboucher sur le passage de la catégorie INDESIRABLE à la « catégorie INDIGNES DE VIVRE ». On l’appellera solution finale ou plus précisément un génocide.
Le génocide juif du nazisme c’est la SHOAH et le génocide des Tsiganes ne porte pas à ma connaissance de nom officiel sauf en langue romani : SAMUDARIPEN. Vous savez que la reconnaissance de celui-ci a mis beaucoup trop de temps à être reconnu et ne l’a été que par l’action incessante des organisations Tsiganes à l’échelle de l’Europe. C’est en avril 2011 que le Parlement Européen a parlé de « Génocide des Roms ». On estime actuellement que le nombre de Tsiganes massacré par le régime nazi est de 200.000 personnes dont environ 14.000 Français.
La caractéristique effroyable du génocide perpétré par les nazis, la SHOAH, son aspect spécifique c’est son organisation sur un mode industriel. Lors de notre visite du camp d’Auschwitz-Birkenau (délégation Manéo et de Gens du Voyage de notre département) en 2013 nous avons parfaitement revécu et compris tout cela. Le nombre de Tsiganes qui ont été déportés à Birkenau est estimé à 23.000. L’estimation officielle est de 21.000 morts tsiganes rien que pour ce camp d’extermination. Pour rappel 1 million de juifs exterminés dans ce même lieu. Si on rajoute les Polonais non juifs, 75.000 morts sur 150.000 déportés, les prisonniers de guerre soviétiques 14.000 sur 15.000, personnes d’autres origines (prisonniers politiques et asociaux) 15.000 morts sur 25.000 enregistrés. Soit environ de 1,100 million à 1,500 million de victimes à Auschwitz. (Source guide historique d’Auschwitz).
En gardant cette analogie avec l’industrie, je vous rappelle que toute industrie a besoin de trouver des matières premières, ici, excusez moi de vous donner cette image mais c’est la réalité, la matière première appelée ainsi par les nazis c’était le juif, le tsigane, tous ces hommes, femmes et enfants à qui Hitler et le régime nazi refusait le statut d’être humain, leur appartenance à l’espèce humaine. Ces matières premières étaient extraites, c’est-à-dire déportées soit à partir du sol du troisième Reich lui-même, soit à partir les sols des pays occupés mais aussi pays alliés ou pays collaborateurs. C’est cette complicité du Régime de l’Etat de Vichy qui est suffisamment connue maintenant par tous et dont un des symboles c’est le camp de Drancy.
Le camp du Récébedou comme vous le savez n’est qu’un des éléments de ce réseau de camp d’internement puis de déportation qui concernait toute les régions de la France. Environ 25 camps en zone occupée et cinq en zone dite libre. Ce camp du Récébédou a été souvent oublié par les historiens car fermé en octobre 1942. L’existence de ce musée de la mémoire ici est donc fondamentale et indispensable. Et je citerai également le film récent de Francis FOURCOU, Laurette 1942, dont le projet de création est né à l’occasion d’ une visite de ce musée.
Je me suis limité dans ce propos à évoquer le sort des Tsiganes et des juifs mais bien-sûr rendons hommage aux souffrances des républicains espagnols en exil et des familles allemandes ayant fuit leur pays avant la guerre, qui ont constitué la majorité de la population du camp du Récébédou et qui furent livrés eux aussi au régime nazi et déportés dans les camps de concentration et les camps d’extermination du troisième Reich.
Nous sommes ici rassemblés pour commémorer, à partir de l’existence de ce camp le génocide Tsiganes. Ce passé n’est pas loin. J’ai composé cette petite prise de parole à partir de ce mot abject d’INDESIRABLE. J’ai souligné la question des murs tout d’abord virtuels érigés par le racisme puis réels construits par des régimes fascistes. Le mur de Berlin a été détruit par la mobilisation populaire. Actuellement des murs sont à nouveau érigés et notamment dans notre Europe. Des processus de stigmatisation sont à l’œuvre : par exemple les réfugiés du proche orient chassés par la guerre, assimilés ensuite à un danger d’invasion arabe et ensuite d‘islamisme jihadiste, d’où la perception d’étrangers dangereux et pourquoi pas INDESIRABLES.
Restons fidèles et agissons pour défendre et appliquer, tous à notre place et suivant nos possibilités, notre Idéal Républicain de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Laïcité.

François Beyries, sous-préfet de Muret
Monsieur le maire de Portet sur Garonne
M. le président de Manéo
C’est avec une réelle émotion que je participe aujourd’hui à cette manifestation d’hommage aux Gens du Voyage victimes de l’internement lors de la Deuxième Guerre Mondiale.

Émotion mêlée de colère de savoir qu’ici, il y a à peine 70 ans, et alors que le Midi toulousain était encore provisoirement épargné de l’occupation nazie, des Français ont pu participer à cette ignominie comme ils l’ont fait aussi à Gurs, au Vernet, à Noé, à Rivesaltes pour ne citer que les sites les plus proches de nous.

Oui, l’État français a apporté sa pierre à cette horreur que furent l’internement puis la déportation et enfin l’extermination de ceux qu’en raison de leur origine géographique, de leurs idées politiques, de leur origine ethnique, de leur religion, n’avaient pas été jugés comme dignes de vivre libres, puis enfin de ne plus vivre du tout.

Il y a à peine un an, ici à Portet, nous dévoilions ensemble la plaque commémorative du départ vers la mort des enfants juifs. Aujourd’hui nous nous retrouvons pour rendre hommage à ceux qu’on désignait alors comme les Gitans ou les Tsiganes pour ne pas les qualifier, comme certains n’hésiteront pas le faire, « d’indésirables ». Des populations, françaises ou non, qu’on avait décidé de vouer aux gémonies parce qu’ils ne vivaient pas exactement comme les autres dans un monde où la liberté de pensée, la liberté d’expression, la liberté politique avaient purement et simplement disparu depuis l’été 1940 pour laisser la place à une pensée unique, une idéologie basée sur le racisme le plus sordide, la haine de l’autre et le reniement de sa dignité.

Oh certes, quelques uns, assez rares reconnaissons-le, se rebelleront et refuseront ce que les évêques de Montauban et de Toulouse, bien seuls à cette époque, appelleront courageusement « ces scènes d’épouvante », « ces scènes d’horreur » qui eurent lieu ici à Portet comme dans tant d’autres lieux de ce que l’on appelait alors, en sollicitant bien fort les mots, la Zone Libre.

Du centre d’accueil de réfugiés du Récébédou, qui pouvait imaginer qu’on ferait pendant ces années noires un camp de concentration et de transit vers les camps d’extermination.

Veillons bien à garder cela dans notre mémoire collective. Ceux qui viennent de prendre la parole avant moi ont relaté, bien mieux que je n’aurais su le faire, ce que fut l’histoire de ce camp, de cette ignominie qui foulait aux pieds toutes les valeurs que nous pensions tous partager mais que certains ont pu se croire autorisés à bafouer. Et parmi eux, hélas, de trop nombreux Français.

Peu de personnes ont encore la mémoire directe de ce qui se passa ici, mais le rappel de ces faits doit constituer un encouragement pour nous tous afin que nous mettions tout en œuvre pour perpétuer les 70 années de paix que vient de vivre l’Europe occidentale.

Faisons tous en sorte de préserver cet édifice fragile, ayons à cœur de transmettre le flambeau à notre jeunesse. Notre mission à tous doit être la même : lui enseigner ces événements, la persuader que les souffrances infligées par la barbarie nazie, qu’elles émanent des Allemands eux-mêmes ou de ceux qui s’abaissèrent à se mettre à leur service, étaient indignes de l’espèce humaine, lui faire connaître ce qu’est capable de faire la folie des hommes lorsqu’ils se croient autorisés à s’abandonner à leurs plus bas instincts et à sombrer sans état d’âme dans la barbarie.

Ce sera le plus bel hommage que nous pourrons rendre à tous ceux qui sont passés ici et notamment ces Gens du Voyage qui ont souffert ici et qui pour certains ne reviendront jamais. Alors, Monsieur le président, Monsieur le maire, merci pour avoir eu l’initiative de cette commémoration qu’au nom de l’État que j’ai l’honneur de représenter aujourd’hui, je salue avec respect et avec reconnaissance.